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mardi, 05 octobre 2010

Episode 13

Bonjour à tous,

 

Ce message vient de France, de ma chère Lorraine natale. Après huit mois supplémentaires passés sous l'équateur ivoirien, le temps ne m'as pas accueilli mais plutôt cueilli à froid à mon arrivée. A Roissy lundi 16 août, il faisait gris, seize degrés sous la pluie... Puis il y eût au menu : averses, éclaircies et orages pendant une grosse semaine. Mais dans l'ensemble, le temps redevint clément et agréable et termina en véritable été indien lors de la première quinzaine de septembre. Allez j'arrête de parler météo, je ne m'adresse pas à des personnes âgées obnubilées par le temps qu'il fait, à ce que je sache. Intéressons nous plutôt au temps qui passe.

Après huit mois en tongs et short, je ne m'attendais vraiment pas à ça. Mes petits petons non plus. En baskets, sans chaussettes dans l'aéroport, j'ai dû me résigner à enfiler le succédané de chaussettes Air France lucidement récupéré dans leur étui mordoré. Mais me direz vous, en classe économique, on n'a pas droit aux chaussettes. C’est exact, vous répondrais-je !

Pour la première fois, j'ai passé la nuit en business classe. C’est pas la classe? Quand on a payé un billet en classe éco, si ! En fait, pour la troisième fois consécutive, ce qui est absolument ahurissant, j'ai voyagé avec le français qui bosse chez Air France, il se reconnaîtra, qui m'avait déjà fait vivre l'atterrissage à Abidjan dans le cockpit en janvier dernier. Cette fois-ci, il s'est arrangé pour que je puisse m'installer à la place libre à côté de la sienne, lui ayant été surclassé à la dernière minute, et pas moi. Le repas servi, il est donc venu me chercher chez les pauvres de la classe du fond.

Entre temps, j'avais eu le temps faire la connaissance, à ma gauche, d’un technicien américain qui bossait dans l'industrie pétrolière from Houston, Texas. Je pouvais lui parler, il me comprenait : j’ai même eu le temps de critiqué Bush et l’industrie pétrolière...En revanche dès qu’il me parlait, c’était le flou artistique et l’acquiescement systématique de ma part. J’ai tout de même compris qu’il venait de faire deux fois le tour de la terre le mois passé : Australie, Nigeria, Thaïlande, Côte d'Ivoire. A ma droite, une ivoirienne d’une trentaine d’année, qui voyageait avec ses trois enfants. Elle vit à Paris et revenait à Abidjan pour la première fois depuis trois ans. Elle avait emporté beaucoup de nourriture du pays, à tel point qu'en surplus, et dut laisser sa cargaison d'attieke à l'aéroport. Probablement française, elle élève seule ses trois enfants, grâce aux allocations et à un petit boulot. Elle me demanda de lui lancer le film de son choix sur l’écran tactile, elle ne savait visiblement pas lire. Elle voulait regarder le même film que celui de la dame de l'autre côté de la rangée, une comédie avec des blacks.

Le repas englouti, mon pote est venu me cherché. Je quittais alors la classe prolétaire, et me dirigeait vers l'avant de l'appareil. Vingt mètres et deux rideaux plus loin, j'atterrissais en classe affaires. Moins de bruit, moins de monde, ambiance feutrée et totalement plus confortable. Sept personnes par rangées, au lieu de dix, trois hublots par rangée au lieu d'un seul. La business classe d'Air France, c'est un siège à multi-commandes qui se transforme en lit, massage du dos, repose-pieds rétractable, etc, etc, etc. La lutte des classes, ça commence, ou plutôt ça continue, dans l’avion. Champagne & Maradona by Kusturica. Je n'ai jamais passé une nuit aussi agréable en l'air. Tout est plus agréable en business classe. Tout est mieux. A quatre mille euros le billet, c'est mieux.

Mais on ne doit pas oublier les millionnaires de la first class, même si je ne préfère pas m’attarder sur eux. On passe à quinze mille euros l’aller-retour, à ce prix là, on a droit à une hôtesse pour soi "privatisée". Cela ne devrait pas exister. C’est indécent. Mais c'est comme ça. C’est comme Liliane B. qui gagne cinq cents par minute. Par minute. Cela fait environ sept cent mille euros par jour Vingt et un million d'euros mensuels. Vingt mille SMIC par mois. Il faudrait une tranche de salaire au-delà duquel tout part dans l’impôt. Disons un million d’euro mensuel. Qui oserait avoir besoin de plus. Et encore c’est déjà trop. Il n’y a que vingt quatre heures dans une journée, on ne mange que trois fois par jour...Qui peut avoir besoin de plus d’un million d'euros par an ? Ce n'est pas le bouclier fiscal mais l'épée fiscale qu'il faut brandir. Sauvons les riches! Mais vous ne comprenez pas, s'il on taxe trop les riches ils vont s'exiler. Mais ils le font déjà. Ils profitent du système et placent une partie de leur avoirs dans les paradis fiscaux. De qui se moque-t-on? Essentiel et éternel débat que celui du choix entre la liberté ou l'égalité. Ce sera toujours l'un ou l'autre. On ne peut pas avoir les deux. La liberté (de réussir) crée l'inégalité. L'égalité exclut la liberté. Et La fraternité? Pour la fraternité il faudra repasser, la personne est en RTT. Ironie de l'Histoire, c'est Maximilien de Robespierre, l'homme qui instaura la Terreur, qui avait insister pour ajouter le mot fraternité dans la devise française...

De retour dans ma région, les souvenirs et la nostalgie étrennent mon coeur de grand enfant. Je sais que je ne reste que quelques semaines, j'en profite donc toujours, tel un pèlerin, pour retourner dans les endroits où j’ai usé mes souliers. Le collège dans lequel j'ai habité pendant dix huit ans. Le terrain de foot en terre rouge, en face, où j'ai passé cinq mille heures à taper dans un ballon. Le banc sur lequel j'ai donné mon premier baiser a été remplacé par un canisite...outrage à pèlerin! De temps en temps, je croise par hasard des gens que je n'avais pas vu depuis quinze ans. C'est toujours un peu spécial. Souvent, ils sont restés sur place. Il n’ont pas tellement de sujet de conversation à proposer pendant le quart d'heures d'entrevue inopinée. Les enfants qui grandissent, les connaissances en commun revues à telles ou telles occasions. On finit par parler de mon expatriation, et les poncifs suivent. A la longue, c’est saoulant. C’est pourquoi, en général, je retrouve toujours les mêmes personnes que je revois d’habitude. Mais c’est vrai que j’aime bien faire des efforts pour avoir des nouvelles voire revoir des connaissances que j’avais perdu de vue.

La vie passe. La vie est chère. Dépenser en euros est obligatoire. Mais à ce prix-là, la chinoiserie n'existe pas. C’est déjà ça. Je viens de passer pratiquement deux ans à Abidjan. Je ne suis pas un aventurier. Je suis un casanier qui aime vive à l’étranger. Les élections présidentielles sont finalement fixées au 31 octobre. Ouf! Tout le monde y croit cette fois, comme l’année dernière et l’année d’avant. Apparemment elles risquent vraiment d’avoir lieu. L'ONU vient de dépêcher cinq cents observateurs supplémentaires. Je ne serai pas sur le sol ivoirien pour voir ça. Comme beaucoup de gens qui ont cette possibilité là. En réalité, mon épouse et moi avons décider de quitter la Côte d’Ivoire, et de trouver un nouveau point de chute en Europe ou éventuellement en Asie et retourner au bled une à deux fois par an.

Comme à chaque fois qu'une grande décision intervient dans ma vie, elle s'impose à moi, en quelque sorte. Mon épouse a émis l’idée. Un matin elle s’est levée et l'idée avait germé dans sa tête. Lorsqu’elle me la soumise, ce fût une évidence pour moi. C’était un peu moins d’une semaine avant mon vol retour pour Abidjan. Soudainement, je m’imaginais facilement ne pas y retourner. Le jour J, je ratai donc mon vol après avoir décidé de ne pas le repousser. Après tout, l’Afrique, ça va cinq minutes. C’est peut être le continent de l’avenir, la nouvelle terre promise...mais pour l'heure, c'est le far west, la jungle. La vie y est très difficile et à moins d’être riche, la qualité de vie n'est pas satisfaisante. Les ivoiriens sont accueillants et marrants, ils aiment faire la fête, rigoler et s’amuser, mais ça ne suffit pas pour se projeter à long terme dans un pays qui stagne. Au niveau professionel, je n'ai pratiquement eu aucune satisfaction. J'ai été beaucoup déçus par les gens, des menteurs, des profiteurs, des emmerdeurs. Mais c'est partout pareil me direz vous. On ne peut pas faire de généralités et y'a des cons partout.

Mes deux satisfactions ce sont les deux associations. Le centre de formation Cocody Riviera 4 FC que j'ai crée et que je vais continuer à gérer et à développer à distance: trouver des financements, des partenaires, organiser des détections...

Et puis FOOT'Attitude, l'association de mon pote, qui a lancé le deuxième volet de la campagne de sensibilisation pour de des élections sans violence : "Elections Fair-Play, tout le monde y gagne" qui s'inscrit naturellement dans le processus électoral, dont le premier tour prévu le 31 Octobre prochain. Après la communication réalisée autour du match Côte d'Ivoire-Rwanda, la distribution de guides du Fair-Play et de tee-shirts, une chanson et un clip viennent d'être enregistrés par un collectif d'artistes ivoiriens. Le single sort la semaine prochaine. C'est de la bombe, bébé!

 

Que la Côte d'Ivoire retrouve le chemin de la paix et de la prospérité.